Aurons-nous encore des triporteurs abordables demain ?

Import vélos

La Commission Européenne devrait annoncer prochainement la mise en place de taxes antidumping sur les vélos à assistance électrique fabriqués en Chine. Cette mesure pourrait faire disparaitre une bonne partie des triporteurs abordables actuellement disponibles sur le marché.

Vous trouverez dans notre article précédent les clés pour comprendre le bras de fer qui oppose actuellement les fabricants européens de vélos et les importateurs.

Les premiers sont représentés par l’EMBA, une puissante fédération qui défend leurs intérêts à Bruxelles. Elle devrait parvenir à faire adopter une taxe antidumping très élevée qui dissuaderait toute importation de vélos à assistance électrique (VAE) de Chine à l’image de ce qui se fait déjà pour les vélos conventionnels.

Vent debout contre les vélos électriques abordables

Il semble évident que les entreprises chinoises bénéficient d’aides à l’exportation de VAE et seraient donc plus compétitives. Toutefois l’EMBA échoue a démontrer clairement ce dumping.

Voici quelques approximations et erreurs contenues dans sa plainte déposée auprès de la Commission Européenne :

  • Aucune liste des fabricants européens n’est disponible, on ne peut donc connaitre ni les volumes de production des différents fabricants ni la production globales avec précision.
  • De nombreuses entreprises sont mentionnées comme étant importatrices alors même qu’elles n’importent aucun VAE en leur nom, c’est pas exemple le cas d’Auchan, Carrefour et E.Leclerc qui passent évidemment par des importateurs.
  • Le prix moyen des VAE importés de Chine est proche de celui des VAE importés du Vietnam. Pourtant l’EMBA ne critique nullement ce dernier. Ainsi, la valeur des VAE importés de Chine était de 532€ en 2016 contre 542€ pour ceux en provenance du Vietnam.

Chine vs. Suisse, un match déséquilibré

Dans le but de démontrer la concurrence déloyale représentée par la Chine, la Commission Européenne a comparé sa production avec celle d’un pays tiers. Ce processus aurait semblé normal si le pays choisi avait eu les mêmes caractéristiques que l’empire du milieu. Toutefois c’est la Suisse qui a eu la préférence de la commission, un choix plus que contestable pour les raisons suivantes :

  • Comme l’admet la Commission, il n’existe aucunes données centralisée de l’ensemble de la production Suisse de VAE.
  • La Suisse présente l’un des taux de VAE les plus élevés au monde grace au niveau de vie de la population. Ainsi, 22% des vélos vendus en 2016 étaient dotés d’une assistance électrique.
  • Les niveaux de vie des deux pays sont totalement éloignés. Le salaire mensuel transalpin était de 5370€ en 2016 contre 720€ en Chine. Les ouvriers Suisses gagnent donc environ 7 fois davantage que leurs homologues asiatiques.
BMC Speedfox AMP Three
BMC, la plus connue des marques Suisses propose une entrée de gamme électrique à 5449€ avec son modèle Speedfox AMP Three. Le positionnement de ce fabricant est bien différent de celui des Chinois.

Des prix de vente totalement biaisés

Là aussi, il est regrettable que l’EMBA fasse autant d’irrégularités dans son analyse. Selon elle, le coût moyen d’un vélo serait de 1782€ auquel il convient d’ajouter une marge de 20% pour les intermédiaires et de 30% pour le revendeur. En ajoutant la TVA qui est en moyenne de 21% en Europe l’EMBA déclare que le prix moyen d’un VAE devrait être de 3364€. Ce prix est bien plus élevé que les prix moyens constatés.

  • En Belgique le prix de vente moyen d’un VAE était de 2260€ en 2016.

Au Pays-Bas, ou les vélos sont toutefois moins chers en raison de la concurrence très forte, une association de consommateurs  a établi que les meilleurs VAE de différentes catégories avaient les prix suivants :

Vélo Sparta Mojo
Le Sparta Mojo, un VAE abordable à environ 1200€.
  • Bon marché : Sparta Mojo généralement vendu autour de 1200€
  • Prix moyen : Sparta F8e autour de 1600€
  • Haut de gamme : autour de 2000€

Ainsi, l’EMBA semble s’emmêler les pinceaux dans ses calculs.

Les fabricants européens sont-ils si mal en point ?

L’une des raisons de la plainte pour dumping est que les producteurs Chinois auraient des sur-capacités de production à écouler en Europe. L’EMBA ne démontre pourtant à aucun moment ce fait par des preuves ou chiffres précis.

L’un des plus importants membres du collectif est l’entreprise Accell qui possède notamment les marques Lapierre, Raleigh et Sparta dont nous venons d’évoquer les prix compétitifs. Cette marque se vente en 2016 sur son site internet d’avoir réalisé pour la première fois cette même année un chiffre d’affaire de plus d’un milliard d’euros en hausse de 6,3%. Le rapport annuel évoque même une croissance des ventes de VAE de 33%. Dans le même temps, le rapport regrette que la demande pour les vélos plus conventionnels est en recul.

Accell Group Marques
Le groupe néerlandais Accell représente environ trente marques. Il est membre de l’EMBA.

Quels impacts pour les triporteurs ?

Plus de 50% des vélos cargos sont équipés d’une assistance électrique.

Les faits de dumping que dénoncent l’EMBA devraient conduire la Commission Européenne a adopter des taxes antidumping sur ces vélos qui nous priverons donc de triporteurs abordables.

Actuellement, une bonne partie des revendeurs de vélos cargos bon marchés les importent de Chine. Demain ils devrait être impossible pour eux de continuer à importer ces vélos. Nous semblons donc condamnés à devoir payer encore davantage pour s’équiper de triporteurs.

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